La lecture à l’ère des écrans : comment le numérique transforme nos pratiques de lecture
La révolution numérique a profondément bouleversé notre quotidien, et la lecture n’échappe pas à cette transformation. Aujourd’hui, nous lisons autant, sinon plus qu’auparavant, mais différemment. Les écrans ont envahi nos vies, et avec eux, de nouvelles pratiques de lecture émergent, questionnant notre rapport aux textes et aux savoirs. Cette évolution soulève de nombreuses interrogations sur la manière dont nos habitudes se modifient et sur les conséquences cognitives de ces changements.
Les nouveaux supports de lecture et leurs caractéristiques
Tablettes, liseuses et smartphones : des outils qui redéfinissent l’accès aux textes
Les supports numériques ont radicalement transformé notre accès à la lecture. Tablettes, liseuses et smartphones offrent désormais la possibilité de transporter une bibliothèque entière dans la poche. Selon le site Courrier Picard, cette démocratisation des appareils électroniques a permis une hausse significative de la lecture numérique. L’étude réalisée en 2013 auprès d’une quarantaine de lecteurs intensifs, notamment des chercheurs, consultants et journalistes, révèle que le choix du support dépend moins de la technologie elle-même que du genre de texte et de l’usage que l’on en fait. La lecture de romans sur liseuse demeure une activité dense, immersive, tandis que la consultation d’informations en ligne se caractérise par une approche plus segmentée et transversale.
Les avantages techniques des supports numériques sont indéniables. La taille compacte, la capacité de stockage quasi illimitée, l’accès instantané aux ouvrages et parfois la gratuité des contenus constituent autant d’arguments en faveur de ces nouvelles pratiques de lecture. Cependant, l’enquête montre également que ces bénéfices ne modifient pas radicalement l’expérience de lecture elle-même pour les textes littéraires. Ce qui change réellement, c’est la diversification des sources d’information et la possibilité d’une lecture plus transversale, notamment pour les contenus informationnels accessibles sur internet.
L’hypertexte et l’interactivité : vers une lecture fragmentée et multidimensionnelle
La spécificité de la lecture numérique réside dans son caractère souvent non-linéaire. Les hyperliens permettent de naviguer d’un texte à l’autre, créant ainsi une expérience de lecture multidimensionnelle qui s’éloigne du modèle traditionnel du livre papier. Cette littératie numérique spécifique transforme notre manière d’aborder les contenus. La lecture en ligne favorise une diversification des sources et encourage une approche transversale de l’information. Les lecteurs intensifs interrogés dans l’étude de 2013 témoignent de cette nouvelle façon de lire, qui privilégie le survol et la mise en relation d’informations provenant de multiples origines.
L’abondance d’informations disponibles en ligne peut parfois mener à une forme d’addiction numérique, sans pour autant engendrer systématiquement une désorientation. Les lecteurs développent des stratégies pour gérer cette surcharge informationnelle, alternant entre lecture dense et lecture segmentée selon leurs besoins. La littérature numérique elle-même se diversifie, avec l’émergence de nouvelles formes d’écriture adaptées aux supports électroniques. En Chine, par exemple, quarante-sept pour cent des internautes lisaient de la web-littérature en 2016, témoignant de l’ampleur de ce phénomène à l’échelle mondiale.
Les modifications cognitives et comportementales face aux textes numériques

Concentration et compréhension : ce que révèlent les études sur la lecture d’écran
La question de l’impact cognitif de la lecture numérique fait l’objet de nombreuses recherches. Une étude de 2018 démontre que la compréhension textuelle est généralement meilleure sur support papier, particulièrement lorsque les lecteurs sont soumis à des contraintes de temps et face à des textes informationnels. La lecture sur papier favoriserait également la mémorisation et l’abstraction, permettant une appropriation plus profonde des contenus. Ces résultats suggèrent que le support lui-même influence nos capacités cognitives et notre manière de traiter l’information.
Toutefois, il serait réducteur de conclure à une supériorité absolue du papier. La lecture numérique peut en effet développer des compétences cognitives spécifiques, liées notamment à la navigation entre différentes sources et à la capacité de synthèse rapide. L’expérience de lecture diffère selon le support utilisé, chacun présentant des avantages distincts. Les lecteurs interrogés dans l’enquête de 2013 soulignent que le genre de texte et l’usage prévu influencent davantage leurs pratiques que le simple choix entre support numérique et support papier.
De nouvelles habitudes : le survol rapide face à la lecture approfondie
L’une des transformations majeures induites par la révolution numérique concerne nos habitudes de lecture. La lecture informationnelle en ligne encourage un mode de lecture transversale et rapide, privilégiant le survol à l’immersion prolongée. Cette évolution s’inscrit dans un contexte plus large de modification de nos pratiques culturelles. En 2010, les Français consacraient en moyenne seulement dix-huit minutes par jour à la lecture de livres et de journaux, contre trois heures cinquante-deux à l’audiovisuel. Ces chiffres interrogent sur une possible consolidation de la révolution audiovisuelle par la révolution numérique et sur un éventuel retour à une culture orale.
En 2019, quarante pour cent des Français se déclaraient pas ou peu lecteurs. Néanmoins, les enquêtes menées avant l’avènement du numérique montraient déjà une baisse de la lecture, suggérant que cette tendance ne peut être entièrement imputée aux écrans. Le temps de lecture se redistribue entre différentes pratiques : lecture de romans, lecture informationnelle, consultation de contenus multimédias. Les compétences numériques deviennent essentielles pour naviguer dans cet environnement complexe, où se côtoient textes, images et vidéos. La question n’est donc plus de savoir si nous lisons moins, mais plutôt comment nous lisons différemment à l’ère des écrans.










